Le mari dans sa robe blanche

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19 janvier 2016

Le mari dans sa robe blanche

Nous nous sommes mariés à l’hôpital. Elle a porté la bague de notre union infinie avant que je la quitte, douze heures après. 

Ce texte est inspiré de l’histoire trop touchante de Rowden et Leizel.

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Je pouvais voir les larmes couler sur ses joues douces et rosâtres. Je pouvais voir sa beauté charnelle dans cette robe blanche merveilleuse. Je pouvais admirer sa chevelure noire, lisse, bien coiffée, avec une mèche retenue par une rose d’un blanc vif. Je pouvais voir mes amis et mes copines autour d’elle, leurs larmes coincées dans les yeux. Leur joie était mêlée à une langueur profonde.

Je pouvais me voir allongé sur le lit, passif. Je pouvais voir en moi un cadavre blanchi, sans âme. Je pouvais voir mes paupières noircies par l’affreux fantôme qui choisit sa victime brusquement pour la hanter. Je pouvais voir ma peau affaiblie par les traitements et les thérapies chimiques, employés pour effrayer ce fantôme et le pousser à quitter mon corps vulnérable. Je pouvais voir mon corps maigri par le poison diffusé par cette créature épouvantable qui m’a dominé. Je pouvais me voir mort, mais entouré de tous ceux que j’aime, et spécialement d’elle.

Je les ai quittés douze heures après. Je l’ai quittée douze heures après. Mais je sais, au fond de moi, qu’elle sera toujours à moi, et que je serai toujours avec elle, dans son annulaire droit. Oui, nous nous sommes mariés à l’hôpital, sur le lit, dans ma chambre, avant que le fantôme emmène mon âme, avec lui, vers l’au-delà.

Ma vue était un peu troublée. Mais je pouvais la voir venir de loin, radieuse dans sa robe blanche féérique. Elle était la princesse dont je rêvais, mais que je ne pourrai jamais emmener sur mon cheval blanc. Elle avait ce beau sourire que je connaissais toujours et qui ne quittait jamais son visage. Elle me regardait, allongé sur mon lit, vêtu de ma robe blanche aussi, la perfusion reliée à mon bras. Elle essayait d’ignorer ma situation. Elle attendait ce jour avec impatience. Ce jour où notre amour serait béni, où l’amour allait nous lier pour toujours et à l’infini. Elle avançait comme dans les films hollywoodiens : entourée de mes amis, d’une part, et de ses copines, de l’autre. Je ne pourrai jamais oublier son visage, ni sa beauté charnelle. Elle s’approchait de moi, et m’embrassait comme si c’était la dernière fois. Et, vraiment, c’était la dernière fois : le baiser de l’adieu. Je tenais la bague entre mes mains crispées par cette maladie cruelle dont j’étais la victime. Elle tendit sa main douce, et la bague luisante lui allait à merveilles. Je sais qu’elle pensera toujours à moi, et qu’elle m’emmènera toujours avec elle, à travers notre bague d’amour. J’ignorais comment toutes les préparations du mariage avaient été arrangées, en si peu de temps. Peut-être, elle se rendait compte que mon âme allait s’envoler et quitter mon corps. Mais notre amour ne finirait jamais.

Je pouvais voir les larmes chaudes sur les mines de tout le monde, dans mon entourage : étaient-elles des larmes de joie ou de pitié ? J’avais une joie secrète au fond de mon cœur malgré la douleur interne qui rongeait mes membres. Je devais supporter la souffrance pour la rendre heureuse ce jour-là. Mes yeux étaient fixés sur elle. Je voulais satisfaire ma vision avec ces détails parfaits pour graver dans ma mémoire une photo d’elle, que j’emmènerai avec moi là-haut. Oui, nous nous sommes finalement mariés. Notre amour allait au-delà de la magie, des traditions, d’un mariage ordinaire. Elle était devenue toute entière à moi, et mon cœur lui appartiendrait toujours.

Les heures suivantes ont été les plus belles de ma vie. Elle était près de moi, à mes côtés. Ma vision devenait de plus en plus troublée. Ma souffrance demeurait gênante me donnant des maux, dans tous les organes de mon corps. J’essayais d’oublier cela, mais la douleur qui me piquait partout était plus forte que moi. J’avais peur, mais j’étais heureux. Brusquement, je sentis mon âme se lever au ciel. Je pouvais les voir tous auprès de moi. Le fantôme affreux m’avait vaincu. Il m’emmènerait avec lui pour toujours. Oui, nous nous sommes maries finalement. Elle avait porté ce beau lien de notre amour sur son annulaire droit. Je pouvais désormais quitter ce monde avec une idée heureuse, dont je me rappellerai toujours.

Je serai toujours avec elle, et je serai son ange gardien. Notre grand amour a dépassé et dépassera tout. Notre amour demeurera pour toujours.

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